résumé
L’anémie hémolytique d’origine immunitaire (IMHA) est une maladie hémolytique chez le chien, provoquée par des facteurs primaires ou secondaires qui entraînent une identification erronée des globules rouges de l’animal par son système immunitaire, conduisant à leur élimination massive. Cela se traduit par une anémie sévère, une ictère, une perte d’appétit et d’autres symptômes. Le taux de mortalité atteint jusqu’à 80 %.
Cet article analysera et discutera l’approche diagnostique chez un chien présentant une anémie sévère due à une AIHA, en fournissant des pistes diagnostiques aux cliniciens confrontés à une anémie de cause inconnue.
Mots-clés:Ictère aigu; Anémie; Hémolyse intravasculaire aiguë; Rapport de cas
01
Informations sur l'affaire
1.1Informations sur l'animal
Schnauzer mâle, 7 ans et 1 mois, pesant 9,27 kg.
1.2 Plainte principale
Le chien a été amené à l’hôpital pour être soigné en raison d’une perte d’appétit. Au cours de la consultation, une jaunisse aiguë s’est brusquement développée. Après que la transfusion sanguine et le traitement hormonal se soient révélés inefficaces, il a été transféré dans notre hôpital. La cause de la maladie n’a pas encore été déterminée.
1.3 Examen physique
Poids: 9,27 kg; température corporelle: 37,8 °C; fréquence respiratoire: 24 mouvements par minute; fréquence cardiaque: 59 battements par minute; score d’condition corporelle: 5/9; élasticité cutanée légèrement retardée, temps de remplissage capillaire <2s; muqueuses buccales humides et ictériques; absence d’anomalies à la palpation abdominale; aucun ganglion lymphatique superficiel augmenté de volume.
1.4 Symptômes cliniques
La peau et les muqueuses de l’animal sont ictériques. L’animal est abattu, n’a pas d’appétit, vomit et présente une urine de couleur sauce soja.
1.5 Plan de diagnostic
Analyse des éléments figurés du sang; biochimie; analyse des éléments figurés de l’urine; échographie; frottis sanguin.
02Résultats de l'inspection
2.1 numération globulaire complète

2.2 Analyse du sang des composants formés d’Anlu
Les résultats des éléments figurés du sang d’Anlu ont mis en évidence un état inflammatoire sévère chez l’animal, caractérisé par un déplacement vers la gauche des noyaux et une forte lymphocytose; le comptage des érythrocytes indiquait une anémie régénérative, avec la libération, depuis la moelle osseuse, d’un grand nombre d’érythrocytes nucléés et d’un nombre important d’érythrocytes en ombre.

2.3 Analyse biochimique

2.4 Examen échographique
1. La paroi de la vésicule biliaire est lisse, avec des échos internes peu distincts, et aucune dilatation manifeste des voies biliaires n’est observée.
2. Le foie présente une forme et une taille normales, avec une capsule lisse et continue, une échogénicité du parenchyme homogène et des structures tubulaires intra-hépatiques bien visibles, dont le trajet est normal. Des zones hypoéchogènes sont visibles dans les espaces interlobulaires du foie.
3. La rate présente une forme normale mais est augmentée de volume, avec des échotextures parenchymateuses homogènes et une masse légèrement hypoéchogène visible à l’intérieur.
4. La taille et la forme du bulbe duodénal, du segment descendant et du segment horizontal sont normales, et les parois restent lisses. Aucune ulcération ni aucune masse n’est observée dans aucune région du duodénum, et il n’y a aucun signe de reflux duodénal.
5. Les deux reins présentent une taille et une forme normales, avec des contours lisses et réguliers, une échogénicité parenchymateuse homogène, sans lésions occupant l’espace, sans distension du système collecteur, sans dilatation de l’un ou l’autre uretère, et sans échos anormaux apparents à l’intérieur de ceux-ci. La vessie est adéquatement remplie, avec des parois lisses et continues, et sans échos anormaux apparents dans sa cavité. Une zone sombre remplie de liquide est visible autour de la vessie.

2.5 Composants formés de l’urine analysés par Anlu

2.6 Frottis sanguin

03Diagnostic préliminaire
La jaunisse peut être classée en ictère préhépatique, ictère hépatique et ictère posthépatique, en fonction de la localisation de la lésion.
Sur la base des résultats d’imagerie et de l’analyse urinaire des éléments figurés, le chien ne présentait pas de maladie du système urinaire..Les résultats des examens biochimiques et de l’échographie hépatique ont permis d’exclure un ictère d’origine hépatique. L’échographie de la vésicule biliaire a exclu une ictère post-hépatique, suggérant plutôt un ictère pré-hépatique. Une masse a été détectée à l’échographie de la rate; le frottis sanguin n’a mis en évidence aucune parasitose sanguine; et le traitement par transfusions sanguines et hormonothérapie est resté sans effet. Par élimination, le diagnostic a été orienté vers une MHI (maladie hépatique intracytoplasmique).
Un diagnostic définitif nécessite une combinaison de tests d’hémagglutination ou de tests de Coombs. Il n’est pas encore établi si l’animal présente une IMHA primaire ou tumorale, mais son cas a déjà servi de guide pour la prise en charge clinique.
04Stratégies de traitement pour l’IMHA
Le traitement de l’IMHA dépend de l’état spécifique de l’animal et peut nécessiter une prise en charge visant à contrôler la réponse inflammatoire. Cela comprend l’utilisation d’antibiotiques pour contrôler l’infection et réduire la sévérité de l’inflammation.
Dans le même temps, il est nécessaire de déterminer si l’IMHA est primaire ou secondaire. S’il s’agit d’une forme secondaire, la maladie sous-jacente doit être prise en compte, et un traitement immunosuppresseur peut être nécessaire. S’il s’agit d’une réaction immunitaire primaire, il est nécessaire de la contrôler, ce qui peut nécessiter l’utilisation d’hormones ou d’autres médicaments.
L’approche thérapeutique peut être résumée comme suit:
4.1Thérapie par transfusion sanguine
La décision d’administrer une transfusion sanguine doit tenir compte de l’anémie de l’animal, notamment des résultats des analyses sanguines (taux d’hématocrite, nombre de globules rouges, taux d’hémoglobine, etc.), de la gravité des signes cliniques, de la concentration sanguine de lactate au repos ainsi que de la vitesse d’aggravation de l’anémie.
Pour les animaux ayant un besoin urgent de globules rouges, une transfusion immédiate doit être effectuée. Des concentrés érythrocytaires frais sont recommandés lorsque l’animal présente des signes cliniques d’une oxygénation réduite. Si des concentrés érythrocytaires ne sont pas disponibles, une transfusion de sang total peut être envisagée, mais le plasma frais congelé n’est pas recommandé chez les chiens atteints d’AIHA. En outre, l’impact de l’autoagglutination sur les résultats du compatibilité et du groupe sanguin doit être pris en compte.
Dans ce cas, le chien avait déjà reçu une transfusion sanguine.
4,2Thérapie immunosuppressive
La thérapie immunosuppressive joue un rôle central dans le traitement de l’IMHA, principalement par l’utilisation d’immunosuppresseurs non spécifiques, tels que les glucocorticoïdes, afin de supprimer la réponse auto-immune dirigée contre les antigènes érythrocytaires.
Toutefois, la thérapie immunosuppressive s’accompagne souvent de nombreuses réactions indésirables, en particulier en rapport avec le type de médicament et la durée du traitement. Dans les cas sévères (généralement dus à l’inefficacité des immunosuppresseurs) ou en cas de rechute après la rémission de l’IMHA, des médicaments de seconde ligne tels que l’azathioprine, la cyclosporine et le mycophénolate mofétil sont parfois considérés comme un traitement standard chez les chiens atteints d’IMHA, afin d’augmenter l’effet immunosuppresseur des médicaments, d’obtenir un contrôle plus rapide de la maladie au début du traitement et de réduire progressivement l’utilisation des glucocorticoïdes.
4.3 Inhibition de la formation du thrombus
Le deuxième aspect important du traitement de l’IMHA chez le chien consiste à inhiber la formation de thrombus, en particulier l’embolie pulmonaire, qui constitue une cause majeure de morbidité et de mortalité.
Cela est réalisé à l’aide de médicaments antiplaquettaires et anticoagulants, qui inhibent respectivement la fonction plaquettaire et l’activité des facteurs de coagulation. L’ACVIM recommande une prophylaxie de la thrombose pour tous les chiens atteints d’AIMH. Toutefois, chez les chiens dont le taux de plaquettes est inférieur à 30 000/µL, les injections d’anticoagulants peuvent ne pas être privilégiées, car l’utilisation d’antiagrégants plaquettaires pourrait augmenter le risque de saignements spontanés.
Dans ce cas, le taux de plaquettes du chien était inférieur à la valeur de référence, et aucun anticoagulant n’a été administré.
05Analyse et discussion
5.1 Étiologie de l'IALA
L'IALA est une réponse immunitaire cytotoxique (type II) médiée par les anticorps. Sa pathogenèse implique des auto-anticorps ou complément de fixation à la surface des globules rouges, conduisant à la rupture des globules rouges.
L'anémie hémolytique à médiation immunitaire (IALA) peut être classée en types primaires et secondaires. Chez les chiens, l'IALA est habituellement primaire, alors qu'il est plus fréquent chez les chats d'être secondaire.
L'IALA primaire est causée par la liaison des anticorps à un antigène membranaire intrinsèque inchangé. L'IALA est déclenché lorsque l'autoantigène est reconnu et détruit par le système immunitaire. L'IALA primaire comprend les maladies auto-immunes comme le lupus, ainsi que les troubles génétiques propres à des races comme ceux des Cockers, des Schnauzers, des Collies, des Bergers anglais, des Maltais, des Caniches et des Setters irlandais.
L'IALA secondaire est associé à des facteurs tels que la leucémie féline, les parasites sanguins, les médicaments, les vaccins et les tumeurs[2,3].
5.2 Diagnostic de l'IMHA
La déclaration de consensus d'ACVIM sur le diagnostic de l'IALA chez les chiens et les chats stipule que pour confirmer l'IALA, au moins les conditions suivantes doivent être remplies: au moins deux marqueurs de destruction à médiation immunitaire (tels que l'agglutination de lame positive, le DAT positif ou les sphérocytes) et au moins un marqueur d'hémolyse (Telles que jaunisse/hyperbilirubinémie/bilirubinurie significative, hémoglobinémie/hémoglobinurie ou cellules d'ombre), et d'autres causes évidentes d'anémie doivent être exclues.
Dans ce cas, l'analyse sanguine des éléments formés a révélé des sphérocytes, des érythrocytes et une anémie régénératrice inexpliquée chez l'animal.Ces résultats ont amené les cliniciens à soupçonner l'IALA.
Les érythrocytes de l'ombre se forment lorsque les globules rouges se rompent, provoquant une fuite d'hémoglobine, puis la membrane des globules rouges se referme en raison de la tension superficielle.Les érythrocytes d'ombre sont un marqueur de l'hémolyse intravasculaire.Le module d'analyse sanguine d'Anlu peut effectuer une quantification absolue des érythrocytes de l'ombre, évaluant ainsi le degré d'hémolyse intravasculaire chez les animaux.
Dans ce cas, l'analyse du sang des éléments formés d'Anlu peut également effectuer une quantification absolue des réticulocytes et des érythrocytes nucléés, évaluant ainsi pleinement la régénération des érythrocytes chez l'animal. Une augmentation du nombre de réticulocytes et d'érythrocytes nucléés a été observée chez l'animal, suggérant que, bien que l'animal ait eu une anémie, sa moelle osseuse avait une forte capacité de régénération érythrocytaire.
Lorsque le corps est dans un état d'anémie sévère, une hypoxie sévère se produit, entraînant une augmentation de la synthèse de l'érythropoïétine et une prolifération active des érythroïdes. Cela provoque une synthèse érythrocytaire compensatoire, entraînant la libération de certains érythrocytes nucléés dans le sang périphérique. La détection des érythrocytes nucléés (NRBC) dans le sang périphérique peut être utilisée pour déterminer le degré d'anémie et d'hypoxie, aidant ainsi à évaluer la cause et la progression de l'anémie. Ces résultats fournissent une indication claire pour le diagnostic de l'IALA.
06Références
1. Swann JW, Garden OA, Fellman CL, et al. Déclaration de consensus AACVIM sur laTraitement de l'anémie hémolytique à médiation immunitaire chez les chiens.[J] Vet Intern Med.2019,33(3):1141-1172. doi:10.1111/jvim.15463
2.AR Klag,U Giger,Shofer FS. Anémie hémolytique à médiation immunitaire idiopathique chez le chien: 42 cas (1986-1990).[J].Am Vet Med Assoc,1993, 202(5):783-8
3.MILLER SA, HOHENHAUS AE, HALE A S. Étude cas-témoins sur le groupe sanguin, la race, le sexe et la bactériémie chez les chiens atteints d’anémie hémolytique immunomédiation.[J]. Am Vet Med Assoc, 2004, 224(2): 232-5.